Ma première auto, par Alain LAMM.
En 1966, venant de quitter l’armée, je m’étais fixé pour but l’achat d’une voiture de jeune homme. Je rêvais, pour ainsi dire d’un « piège à filles, d’un joujou extra », comme disait la chanson, bref de la fameuse TR 4 qui ferait de moi un Play-Boy. Hélas ! Mes moyens financiers tenaient plus du poinçonneur des Lilas qu’autre chose. Je me rabattais donc sur les casses des alentours de Reims, où j’habitais, pour trouver une voiture vraiment originale et pas chère. Je finissais par dénicher mon bonheur chez un casseur de Bétheny. J’y avais, en effet, découvert une Traction avant cabriolet 11BL de 1939. Les Tractions étaient fort courantes, ce qui me confortait dans mon choix : je ne devrais pas rencontrer de problème pour les pièces.
Avec l’aide de mon meilleur copain et en squattant la vaste propriété de ses parents, je me lançais dans la restauration de cette voiture. Après quelques mois, mais en ne travaillant que le week-end, le projet s’affinait. Il faut dire que j’avais acquis pour pièces plusieurs Tractions berlines d’avant et après guerre, et, assez rapidement, la voiture devenait opérationnelle. La propriété des parents de mon ami, quant à elle, se transformait gentiment en parc à ferrailles.

Les premiers essais eurent lieu sur les pistes d’avions abandonnées de Juvincourt. Avec un bilan sans appel : Première bielle coulée ! L’explication était finalement simple : chacun était persuadé que l’autre avait serré le bouchon de vidange. Nous avons, alors, fini par perdre celui-ci et vidanger le moteur sur la piste, le tout à vive allure. Mais nous étions plein d’optimisme. Qu’à cela ne tienne ! Je rachetais une berline pour 100 frs. Le plan de bataille était limpide ; il fallait effectuer la permutation des groupes. Opération réussie en un temps record, et c’était reparti !
Ce cabriolet Traction était épatant. Je m’en servais au quotidien, avec en plus la joie de rouler décapoté. Plaisir partagé avec mon épouse, puisque je m’étais marié en 1968. En cette fin d’années 60, on commençait à parler de collection pour les Traction cabriolets. Logiquement, je me rapprochais du tout jeune club de la Traction Universelle. Parallèlement, la famille Lamm s’agrandissait avec la première naissance en 1969. Nous étions désormais trois à profiter du cabriolet Traction. La capote relevée, le couffin dans le logement de la dite capote, notre fils découvrait malgré lui les joies de la « voiture de sport ». Cette Traction marchait à merveille, au point que j’avais monté un attelage qui permettait d’emmener la petite famille en vacances sur la côte normande ou dans le Cotentin avec la caravane Sterkmann de mon beau père.
Lorsqu’il pleuvait un peu fort, ma femme et moi nous faisions copieusement mouiller, l’étanchéité n’étant pas le fort du pare brise rabattable. Amusant sur le coup, cela posait à la longue des questions très terre à terre : allions nous passer un nouvel hiver dans ces conditions ? A l’époque il faisait vraiment froid et il neigeait beaucoup. Un carton devant le radiateur palliait le manque de calorstat, et une monte en pneus neige avec à l’occasion des chaînes venaient à bout de toutes les difficultés. Nous, les adultes, étions blindés, mais restait le fils…

N’étant pas un père indigne, il me fallait trouver un toit rigide afin de permettre à la famille de rester au sec. J’avais, justement, repéré rue du Barbâtre, à Reims, une Traction coupé deux portes de 1936, en panne le long du trottoir. Je laissais ma carte de visite sous l’essuie glace et c’est ainsi que je faisais l’acquisition du coupé dans la semaine. Il ne restait juste qu’à trouver un box à louer pour mettre à l’abri le cabriolet et nous avions, luxe suprême, une voiture d’été et une voiture d’hiver.
En 1970 nous avons quitté Reims pour le département de l’Aisne, toujours avec nos deux voitures en service. C’est en 1973 que le drame est arrivé sur le cabriolet: un jambonneau trop corrodé à plié lors du passage un peu brutal d’une voie ferrée. La même année, je vendais le coupé et le cabriolet. Parallèlement, atteint par le virus gavapien, je gardais d’autres voitures anciennes, et je m’achetais (tout de même) une voiture neuve. Dans la foulée, je changeais de situation. Bref, une page se tournait, c’en était fini de l’ère des Tractions.
Ma première voiture ancienne, par Philippe DUFRESNE.
Je pense que la première voiture à m’avoir attiré l’œil a été un plateau Citroën B 14, donc certainement un B 15. C’était dans le début des années 70. Nous allions alors en vacances à Gérardmer, au printemps. Mes parents louaient le premier étage d’un chalet appartenant à M. et mme Crouviziet. Lui était un bûcheron qui avait eu une partie de la main tranchée. Ce couple se chauffait au feu de bois, et c’est une vénérable B 14 qui animait, via une courroie, le banc de scie.
La neige n’étant pas toujours au rendez-vous, mon frère et moi trouvions, dans ce tacot, un terrain de jeu formidable. Le camion vert amande devenait alors un des véhicules de la croisière jaune. Il faut dire que nous n’aurions manqué, à l’époque, un épisode de la cloche tibétaine, sous aucun prétexte. Hélas, les vacances à la neige ont cessé dans les années 80, et la B 14 a quitté nos souvenirs d’enfance. A l’occasion d’un voyage dans les Vosges, mon frère est retourné à Gérardmer, le chalet ne semblait plus occupé et la B 14 avait disparu. Le virus était cependant installé, et entretenu par l’image d’un grand père, que nous n’avions pas connu, mais qui avait été garagiste. Si bien que vers 16/17 ans, j’aidais un ami à acheter un transport de troupes GMC, fonctionnant encore au Super. L’aventure a duré une petite semaine, le temps de s’apercevoir que le projet était irréalisable pour deux ados sans connaissance mécanique, sans argent… et sans permis !

En fait, il me faudra attendre la fin des années 80 pour acheter une première épave de 2 CV. 500 F, et je me suis fait rouler vu l’état de la voiture et le boulot qui m’attendait (et m’attend toujours). Mais, bon, j’étais propriétaire de ma première ancienne. D’autres autos sont passées ensuite par les garages de la famille, que je squattais. Parmi elles, une Opel Kadett Karavan, un break vitré, qu’un forain avait donné à mon frère. Cette voiture avait une fâcheuse tendance à pencher du côté droit. Mystère qui nous devions percer quelques jours plus tard, en commençant à poncer l’aile avant droite dont l’allure était suspecte. Cette partie de la carrosserie était sérieusement attaquée par la rouille et le forain avait bouché les trous avec… du plâtre et du ciment !
Aujourd’hui, avec l’aide précieuse de Jean-Pierre Bécret qui tente de me faire comprendre quelque chose à la mécanique, je rêve de faire démarrer mon petit utilitaire sur base de 5 Hp. Un petit camion vert qui, je dois l’avouer, m’a fait chaud au cœur en le découvrant pour la première fois. Ce n’était certes pas la B 14 de mon enfance, mais c’était un camion. Vert. Et Citroën. Et je me suis promis, qu’au moins une fois, il roulera avec une cloche accrochée, en haut du pare-brise. C’était mon rêve étant gosse.